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Revendre son matériel électrique inutilisé : un geste utile pour la planète

11.06.2023

Chaque année dans le BTP, 20 millions de tonnes de produits sont jetés sans avoir servi une seule fois. Un gâchis économique et environnemental qui pousse l’ensemble du secteur à envisager des solutions pour leur donner une seconde « première vie ».

En 2018, Romain de Garsignies a co-fondé StockPro, une solution digitale de réemploi de matériaux neufs de construction. Par l’entremise de Baptiste Mesmain, Directeur de la Performance Durable, Sonepar France a choisi d’accompagner cette start-up qui compte aujourd’hui 40 collaborateurs. Utilisateur régulier de StockPro, Corentin Pénard est responsable achats et logistique chez Vendée Fluide Energie. Comme toutes ses homologues, cette entreprise de 150 salariés, spécialisée dans l’équipement des réseaux publics, le génie climatique et le génie électrique est confrontée quotidiennement au défi du réemploi.


L’innovateur, le distributeur, l’installateur : trois acteurs-clés de la filière électrique, chacun engagé à son échelle dans un profond mouvement d’évolution des usages. Nous avons souhaité les faire dialoguer ensemble dans une interview à trois voix.


Comment s’est construite la relation entre StockPro et Sonepar ?


Romain de Garsignies : Avant de fonder StockPro, j’étais entrepreneur dans le bâtiment. J’ai pu constater la masse de déchets induits par le non-usage de produits neufs. En France, la valeur totale de ce matériel s’élève à cinq milliards d’euros par an. D’où l’idée de créer une marketplace sur laquelle fabricants, distributeurs et professionnels de la construction pourraient valoriser leurs surplus. Sonepar s’est tout de suite montré sensible à notre projet. Depuis lors, on ne cesse d’approfondir ce partenariat fondé sur la confiance, l’échange et le développement d’initiatives communes.


Baptiste Mesmain : Sonepar s’est donné les moyens de bâtir une stratégie ambitieuse en matière de circularité. Le premier pan de cette stratégie concerne la gestion des déchets produits par notre activité. Le deuxième, la gestion des déchets de nos clients, pour laquelle nos agences ont vocation à devenir de véritables points de collecte, en partenariat avec des éco-organismes. Travailler avec StockPro rejoint le troisième pan de la stratégie : limiter la constitution de nouveaux déchets en réduisant nos stocks d’invendus. Au départ, nous avions surtout à cœur de promouvoir une initiative favorisant la circularité chez nos clients. Mais le service s’est révélé si efficace que nous avons décidé de l’utiliser pour réduire nos propres stocks dépréciés. Aujourd’hui, Sonepar est présent aux côtés de StockPro de deux façons complémentaires : en privilégiant la plate-forme pour écouler nos invendus à prix réduits ; en poussant la solution auprès de nos clients, dans une logique de service, comme aide à la gestion de leurs stocks.


Chez Vendée Fluide Energie, vous utilisez StockPro pour écouler votre matériel inutilisé. En quoi cette solution répond-elle à vos besoins ?


Corentin Pénard : Nous cherchions une solution capable de répondre à un double défi. Le premier, c’est l’allégement de nos stocks, après une phase de forte croissance qui a vu s’accumuler les surplus. Le deuxième défi, c’est de réduire notre impact carbone pour répondre aux exigences des clients, qui accordent une importance croissante à ce critère dans l’attribution des marchés. Lors du premier rendez-vous, notre interlocuteur chez StockPro a présenté son offre comme « le Vinted de la construction », en référence au site qui permet aux particuliers de revendre leurs vêtements de seconde main. Faire de la place chez soi en valorisant les produits non utilisés, sans y passer trop de temps : cela résume parfaitement les avantages du service. Avec en plus la dimension éthique à laquelle nous sommes sensibles par-delà les obligations réglementaires.


Qu’est-ce qui vous à séduits dans l’offre StockPro ?


Corentin Pénard : Sa simplicité. Dès qu’une pièce inutilisée revient d’un chantier, nos magasiniers, munis d’un smartphone, scannent son code-barre avant de l’entreposer dans une zone dédiée, dans l’attente d’une proposition d’achat. On a pris le soin de tester le service avant d’en systématiser l’usage. Les premières ventes se sont faites rapidement. La préparation, l’expédition, le paiement se sont avérés très fluides. Cela nous a convaincus de pérenniser la démarche. Aujourd’hui, VFE destine à la revente 15 à 20 produits par semaine.


Romain de Garsignies : Plus de 10 000 acteurs de la construction utilisent actuellement nos services, générant 2 000 commandes par mois. Ces derniers temps, on a constaté une hausse assez nette du trafic et du volume d’affaires. J’y vois la conjonction de trois facteurs. La pandémie, en sensibilisant la filière aux risques d’une production délocalisée, a rendu attractives les solutions locales. Le contexte climatique fait prendre conscience à tous les acteurs qu’il faut limiter la production de déchets. L’inflation liée au contexte géopolitique rend les entreprises plus regardantes sur les prix. Ces tendances de fond, couplées aux évolutions législatives, militent pour une montée en puissance du réemploi.


Baptiste Mesmain : Tout l’intérêt pour le succès de la démarche, c’est d’accroître rapidement le volume des échanges sur la plate-forme. Sonepar vient de dépasser le million d’euros de produits vendus via StockPro, et la tendance s’accélère. Par ailleurs, nous jouons un rôle prescripteur auprès de nos clients, via de la promotion, l’organisation de temps forts. Par exemple le Green EveryDay, « réponse » au BlackFriday, visant à promouvoir le réemploi de matériaux neufs à moindre prix.


Entre le distributeur qui utilise un nouveau canal de vente, le client qui devient revendeur, comment chacun trouve-t-il sa place dans cet écosystème ?


Corentin Pénard : De mon point de vue, on est sur des usages complémentaires. A ce stade, VFE utilise StockPro d’abord pour la revente de matériel. J’imagine que ce qui prévaut, côté acheteurs, c’est une logique d’opportunité. Quand on prépare un chantier, on a besoin de garanties, de réactivité. De ce point de vue-là, les distributeurs continueront de jouer un rôle irremplaçable en termes d’accès au catalogue et de délais de livraison.


Baptiste Mesmain : Nous refusons l’idée qu’une solution comme StockPro puisse nuire à notre business ou à notre image. L’offre est intégrée à nos flux. Pour un client qui commande un produit déstocké, le fournisseur reste Sonepar. Pour nos équipes en agence, StockPro est géré comme un client parmi d’autres. Tout l’intérêt d’un tel partenariat, c’est de mêler la force du distributeur à une solution digitale agile et ouverte. De ce mélange des deux mondes naîtront des solutions innovantes, à même de résoudre les défis environnementaux auxquels nous sommes tous confrontés. Un autre aspect vertueux, qui a motivé notre soutien initial, c’est le fait de travailler avec une entreprise française plutôt qu’avec une major étrangère.


Romain de Garsignies : Plus encore que de complémentarité, je parlerais de symbiose. Pour éviter d’accumuler des couches de logistique supplémentaires, StockPro s’appuie sur des espaces de stockage existants et sur des réseaux de distribution solides. Un acteur comme Sonepar maîtrise cette dimension mieux que personne : autant capitaliser sur ce savoir-faire.


Sur quelles évolutions tablez-vous pour les années à venir ? 


Corentin Pénard : Pour une entreprise comme la nôtre, le bilan carbone joue un rôle de plus en plus décisif dans l’attribution des contrats. Une évolution qui nous serait utile pour prouver qu’on est engagé dans une démarche vertueuse serait d’obtenir de StockPro un certificat avec les « gains carbone » générés par la revente.
 

Romain de Garsignies : C’est un sujet sur lequel on travaille. Cela passe par un travail complexe d’identification de la donnée brute pour chaque produit. Mais le projet avance bien. Avec d’autres acteurs de la filière, nous faisons également pression pour instaurer un label conçu sur le modèle du Nutriscore. Dans un avenir plus ou moins proche, on pourrait imaginer une éco-contribution dont le montant varierait en fonction des initiatives de réemploi.


Corentin Pénard : Une autre évolution qui nous intéresserait à coup sûr serait d’élargir le spectre des produits revalorisables sur la plateforme. Je pense à des produits sans code-barre, sortis de leur emballage, voire déjà utilisés, pour lesquels l’une des seules solutions qui s’offrent à nous aujourd’hui est de passer par un déstockeur.


Romain de Garsignies : C’est là aussi un axe de développement. Mais ouvrir la plateforme aux produits reconditionnés, et pourquoi pas un jour à la réparation, pose un certain nombre de questions liées à la garantie et à la sécurité. Ces questions, il nous faut les résoudre par un échange approfondi avec les fabricants.


Baptiste Mesmain : Sur tous ces chantiers essentiels, le distributeur a un rôle à jouer. Par exemple, on pourrait ouvrir la possibilité aux fabricants de passer par Sonepar pour gérer leur politique de réemploi. Ou faire en sorte qu’un client puisse déposer en agence son matériel à réemployer. Pourquoi pas envisager des solutions de réparation. Notre groupe dispose d’un réseau de près de 500 agences en France, de solides structures logistiques, d’un lien avec les fabricants, d’une relation client : de quoi ouvrir la porte à une myriade d’initiatives.


Romain de Garsignies : En matière de réemploi, on est au tout début de l’histoire. Et la France, une fois n’est pas coutume, est en avance sur les autres pays. Nous venons d’ouvrir notre service à la Belgique et aux Pays-Bas, encouragés par les fabricants et les distributeurs locaux qui sont en attente de solutions. Tout ce qu’on développe aujourd’hui avec l’aide de partenaires comme Sonepar préfigure ce qui existera demain à l’échelle européenne.